Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 19:19

Armel sursaute, il n'a pas entendu sonner six heures. Il va être en retard pour la premère fois depuis dix ans, que dira Catherine? L''aura elle seulement attendu? Va t'elle penser qu'il l'a trahie? Mais comment pourrait 'il la trahir?  Arrmel s'habille, ses vêtements de la veille sont chiffonnés sur le fauteuil. Le fauteuil de Catherine qu'elle n'a jamais voulu reprendre. Un bon gros fauteuil où elle s'endormait avec l'enfant dans les bras. Tant pis pour les vêtements pas le temps d'en chercher des propres, et puis quelle importance, depuis dix ans Catherine ne le regarde plus. Catherine refuse de le voir de face.  Tous les matins pour se rendre sur le port la rituel est le même. Armel sonne à la porte  de la petite maison où elle s'est installée. Il si dirige vers le port sans l'attendre. Catherine le suivra de quelque mètres, sans un mot, sans un geste vers lui, ne surtout plus voir ce visage, ne plus entendre cette voix. Bientôt elle ne pourra même plus voir cette silhouette. Ce dos large, légèrement voûté maintenant, les cheveux qui ondulent, toujours un peu trop longs. C'est ce qui l'avait émue il y a plus de trente ans et qui l'émeut encore aujourd'hui malgré elle. Alors Catherine se mord les mains pour ne pas crier sa haine à cet homme qui tous les matins depuis dix ans l'accompagne sur le port. Cet homme là avec sa toute sa bonté, toute sa faiblesse, tout son argent, cet homme là, son homme est coupable.                                                                                                                  'Il faut bien le laisser vivre cet enfant" Le laisser vivre c'est tout ce qu'il savait dire. Armel aimait la mer, alors son fils avait suivi. La première leçon de voile, les premières sorties en haute mer avec son père puis avec des amis, loin, toujours plus loin et pour Catherine l'attente, longue, toujours plus longue. Armel se moquait d'elle, leur fils et ses amis étaient de bons marins qui ne prendraient pas de risques inutiles. Il avait raison Armel, Tristan revenait toujours. Le bateau le dévorait...

Par Fulgence - Publié dans : écrits et nouvelles
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 19:28

Ca faisait des mois, des mois de négociation, des mois d'attente et d'angoisse. Etre sur la liste ou ne pas être sur la liste. De solides amitiées s'étaient délitées, d'autres s'étaient crées au fil des soirées d'occupation. Les familles avaient explosé, trop de stress, d'angoisse. Des visages s'étaient creusés, d'autres semblaient gonflés par les nuits écourtées.

Enfin un matin de septembre, nous étions tous là réunis une dernière fois, 1500 hommes et femmes regardant droit devant eux, honteux d'avance de la joie mauvaise de celui qui ne sera pas sur la liste.

J'étais sur la liste. Je suis rentrée chez moi. J'ai attendu deux longs mois de repli. Inutile, j'étais devenu inutile. Je n'attendais rien, je n'espérais rien, je ne souffrais même pas. J'étais une mécanique encore un peu huilée. Levée à huit heures, les courses et le ménage puis l'avachissement sur le canapé. La télévision, bonne fille, remplit le vide.

Aujourd'hui pas de canapé, il faut sortir, répondre à ce courrier arrivé il y a deux jours en recommandé. - je ne savais même pas qu'il y avait un nouveau facteur. Une lettre au logo bordeaux et vert, une lettre froide et séche commençant par veuillez et finissant de même. Alors j'ai fouillé mes placards, tous ces vétements de femme active. aprés plusieurs essais j'ai fini par en trouver un qui n'était pas trop serré.

J'ai pris un ticket, numéro 70, l'écran affiche 45, il n'y a pas une chaise de libre. Dans un coin une femme tente vainement de calmer un bébé, mais pourquoi s'époumone t'il cet enfant? tous les regards se tournent vers la mère, réprobation, pitié, envie. Soudain l'enfant se tait, tous les regards se détournent, sans l'enfant la femme n'a pas d'importance. Soulagée elle regarde autour d'elle, elle sourit, de ce sourire crispé de gens qui s'excusent pour le dérangement, Cette femme dérange et s'excuse en permanence.

L'écran annonce 46, ceux qui sont là depuis longtemps s'ébrouent, un homme se lève, jeune, fringuant dans son petit costume neuf, il ajuste son pantalon, vérifie son noeud de cravate, petit Bonaparte prêt pour la conquète. Il ressortira 15 minutes plus tard fulminant -" cinq ans d'études pour vendre des téléphones portables ils se foutent de ma gueule!" Pauvre petit garçon à qui personne n'a dit que tous les petits Bonaparte ne deviennent pas Napoléon. Il est parti en donnant un coup de pied dans la porte.

"- Mais enfin ce n'est pas possible d'être aussi mal élevé!"

Je ne l'avais pas remarquée et pourtant que faisait ici cette belle femme aux vétements chics, jeune encore, à peine quelques ridules autour des yeux et ce pli amer autour de la bouche. Abandonnée aux premières rides? Démissionnaire d'une vie confortable ou fille de famille définitivement ruinée?

Son indignation théatrale la rendait suspecte aux yeux des autres. Dans les regards se lisait la désaprobation , une femme aussi bien mise n'avait rien à faire ici. Ici il fallait être gris, élimé, bancal. Cette femme n'était pas bancale, pas encore, et tous souhaitaient qu'elle le devint.

Gènée je fixais mon regard sur l'écran, 54, ce serait encore très long; et quand sans y penser  mon regard retomba sur cette femme, je ne la reconnus pas. Tassée sur sa chaise elle tenait fermement contre son petit sac élégant, les yeux à terre, elle avait perdu, dans cette salle d'attente du déclassement social, toute l'estime qu'elle se portait. Petit Napoléon furieux était touché mais pas vaincu, sa fureur le soutenait lui qui sans le savoir venait d'assassiner une femme.

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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 18:42

Dix ans que je n'avait pas revu la ville, Il aura fallu ce paquet déposé dans ma boite aux lettres, un petit paquet emballé dans du papier journal barré d'une simple étiquette blanche marquée souvenir au feutre rouge.

Sur l'enveloppe une belle écriture, amble, une écriture de maitresse d'école. Comme tous ceux qui écrivent mal ,j'ai toujours aimé les belles écritures mais celle si non, décidément je ne l'avais jamais vue.

Le paquet dégageait une étrange odeur, mélange de moisi et d'eau de Cologne, l'eau de Cologne du Mont Saint Michel qui tronait dans tous les cabinets de toilette des années 60.

Pendant un mois je n'ouvris pas la boite, je tournais autour, la soupesais, la reniflais puis je la reposais. Son étrange parfum avait envahi toute la maison. peu à peu je l'oubliais comme un bibelot de vaçances qui finit par si bien trouver sa place que plus personne ne le voit.  Je n'avais pas besoin de déchiqueter ces épaisseurs de papier journal pour en connaitre le contenu, je le connaissait par coeur, alors un jour de grand rangement je le montai au grenier avec tous les journeaux qui s'entassaient sur la table.

Hier soir quand je suis rentré ma fille était là. Elle n'avait pas une envie soudaine de me voir mais elle s'était soudain souvenue qu'il lui restait quelques cartons à récupérer dans mon grenier, alors elle était montée et l'étrange parfum l'avait saisie. elle était là au milieu de toutes ces vieilles lettres, ravie de sa trouvaille, ravie de découvrir quelque chose  sur cet homme taciturne qui était son père.

Elle m'a sauté au cou, elle tenait une lettre à la main -" Sacré cachottier va, t'en a eu de la chance de recevoir des lettres d'amour comme ça! C'était qui? c'était quand? allez raconte! Tiens regarde celle ci, on dirait que le post scriptum est tout récent. C'est signé Lou, je crois bien qu'elle t'aime encore mon vieux papa."

Je ne relus pas la lettre, j'avais toujours détesté sa prose, elle se prenait pour un écriviain et moi je l'avais aimée pour son corps, ce corps que je maltraitais à l'envie. Je l'aurais aimée silencieuse mais elle était bavarde.

Un post scriptum récent disait ma fille; la belle écriture d'institutrice, c'était laconique: "Obsèques à l'église Saint Marc, inhumation au cimetiére marin jeudi 15 mai 2011 à 11 heures."'

 

Le cimetière marin, encore une idée de pseudo poétesse, une toute petite tombe, trop petite pour mon bouquet, - Louise Carle 1965 2011 - ainsi Lou n'était pas morte il y a dix ans, je n'avais pas serré assez fort et Lou était résistante; mais maintenant elle était bien morte, j'étais tranquille définitivement tranquille, en rentrant je brulerai le paquet au parfum d'eau de Cologne, je ne suis pas coupable, je n'ai tué personne.

 

Une main me tape sur l'épaule, une voix amicale, "- vous êtes bien Paul L ? police judiciaire."

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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 18:15

"Demain est un autre jour". Je n'en pouvais plus de ce cliché entendu tous les soirs depuis des décennies. Phrase automatique de fin de journée, clamée, aboyée, sussurrée parfois si la soirée télé avait été à son gout. Le plus souvent jetée sèchement en guise de bonsoir.

"Demain est un autre jour". La porte de la cuisine claquait, un bruit de chase d'eau à l'étage, puis plus rien pendant quelques minutes et ce ronflement sonore et régulier qui résonnait au travers des lattes disjointes du parquet.

Demain ètait un autre jour, pour oublier aujourd'hui, oublier tout ce travail à faire, la maison qui se déglinguait un peu plus. Le vin à mettre en bouteille, la margelle du puit que le gel de l'hiver avait fendue. Demain, il le ferait demain, ou peut être aprés demain.

Promis, juré, demain soir quand tu rentrera de ton travail j'aurais repeint les volets.

Il était désolé mais la peinture avait séché dans le pot, et les volets n'étaient pas si abimés; il était plus urgent de mettre le vin en bouteille non?

Je le ferai demain.

Ce soir il est monté plus tôt, sans un mot, sans faire claquer la porte de la cuisine. Voila plus d'une heure qu'il est monté. Une heure que je suis assise là sur cette mauvaise chaise de paille, une heure que je repousse le moment de quitter la cuisine sans bruit pour ne pas le réveiller.

Ne pas le réveiller, ne surtout pas interrompre ce ronflement, ne pas faire craquer la marche de l'escalier, ne pas tirer la chasse d'eau, ne pas... ne pas... Ne plus l'entendre ronfler.

Je ne l'entends plus ronfler, cette nuit pour la première fois mon père ne ronfle plus, cette nuit et toute les autres nuits mon père ne ronflera plus. Cette nuit et toutes les autres nuits à venir la maison sera silencieuse.

Cette nuit je suis prête,j'ai retrouvé la vieille valise de Maman, hier je suis passée à la poste, j'ai retiré tout l'argent, ça fait une belle somme.

Dans la maison silencieuse je vérifie tout une dernière fois, l'argent dans dans la poche intérieure du sac à main, la valise à moitié vide, les clés de la maison - non pas les clés - éteindre le feu, non inutile. Le chat qui miaule, nourrir le chat demain il ira chercher ailleurs.

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Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 10:51

Je m'appelle Louise mais vous pouvez dire Lou. Je suis née il y a bien longtemps, avant guerre à Brest dans le quartier de Recouvrance dont il ne reste rien. Ce que j'aime vraiment c'est le brouillard qui se lève sur la rade quand j'ouvre les volets. Si je les ouvre trop tôt, ou trop  tard ma journée est gachée. Je me console alors avec les croissants chauds pleins de beurre que je trempe dans mon café au lait.

J'aime les gris. Le gris teinté de rose du crépuscule d'hiver les veilles de pluie.

 Ce que je préfère c'est aller chercher Jules mon petit fils à la maternelle. Avant de rentrer nous allons dans les rues toutes neuves de la ville. Je lui raconte la rue de Siam avant guerre. Quand sa mère veut bien je l'emmène chez Adrienne, le petit salon de thé du haut de la rue, refait à l'identique des années trentes. Pour Jules c'est toujours un Pommé, la compote qui dégouline le long de ses lèvres. Pour moi un thé bien noir bien fort.

Les soirs d'été je vais sur le port chez Armand où m'attend mon tourteau sans mayonnaise.

Si vous me rencontrez vous me reconnaitrez à mes deux nattes grises enroulées autour de ma tête, ma fille voudrait que j'aille chez le coiffeur mais mes nattes je ne peux pas les trahir.

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Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 10:24

Ce matin il n'y avait personne à l'arrét du bus. Il était en retard, en retard, le mot le révulsait. Depuis quarante ans qu'il avait obtenu cet emploi chez le notaire il n'avait jamais été en retard. Il avait beau chercher une explication, une excuse, rien la tête vide.

Il avait tout fait comme tous les jours, comme chaque matin depuis qaurante ans, et le bus de 7H50 était dèja parti. Incompréhensible. Soudain ce fut évident, le bus était en avance, c'étair ça en avance! Content, rassuré par cette explication claire et rationnelle il se résigna à attendre. Il décida qu'il écrirait une lettre de réclamation à la compagnie des transports, puis, rassuré par cette initiative, il s'assit sur le banc. Il restait dix minutes avant le suivant. Dix minutes, un vide interminable.

Il laissa son esprit divaguer, reagarda autour de lui, la rue était vide, ils avaient tous pris le bus. Tous les matins les mêmes qui ne se parlaient jamais, juste un bonjour ensommeillé sans vraiment se regarder. Il ne les avaient vraiment vus ses compagnons de trajet et ce matin ils lui manquaient.

Il se jura que demain matin il serait à l'heure pour les retrouver tous, les saluer chaleureusement, peut être leur offrir ces petits bonbons qu'il avait toujours dans sa poche.

Il ferma les yeux pour mieux les voir. Ils défilaient tous, les vieilles qui allaient au marché, leur odeur d'eau de Cologne , les hommes comme lui, d'age moyen, la main gauche serrée sur un cartable ou une gamelle d'ouvrier, engoncés dans un pardessus un peu élimé. Quelques élèves du lycée voisin qui se chahutaient gaiement.

Cachée derrière l'abri bus une jeune femme ou plutôt une jeune fille, il n'aurait su le dire. Elle semblait être toujours la première. Petite, toujours vétue du même pantalon bordeaux, emmitouflée dans une vieille fourrure, elle se tenait à l'écart, une cigarette comme attachée au bord des lèvres.

Il l'avait toujours trouvée répugnante. Il ne s'était jamais approché mais il ètait certain qu'elle sentait mauvais. Un jour un lycéen lui avait demandé du feu puis il s'ètait pincé le nez au grand plaisir des autres. Elle n'avait rien dit juste haussé les épaules. 

Et voila que ce matin les yeux fermés, il ne voyait plus qu'elle, il ne comprenait pas, il ouvrit les yeux elle était toujours là.

Toute la journée elle l'accompagna. Sur ses feuilles de copmpte qu'il remplissait de sa belle écriture appliquée, sur la tête du clerc de notaire quand il vint lui demander d'expliquer son retard. Elle ètait là dans la rue, à la porte de son immeuble. Elle le suivit dans son appartement de vieux célibataire maniaque, elle ètait dans le fond de son assiette de potage, au fond du verre de vin rouge. Il fermait les yeux elle ètait là, il allait aux toilettes elle ètait là au fond de la cuvette. Il allumait la télévision encore elle sur l'écran qui d&ébitait les nouvelles du monde.

Vaincu, il alla se coucher. En ouvrant la porte de la chambre il le sut avant même d'allumer la lumière, la vieilles fourrure jetée parterre, le mégot, l'odeur de tabac froid. Il se glissa sous les draps, le lit ètait chaud.

 

  12/03/2011

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Samedi 26 mars 2011 6 26 /03 /Mars /2011 22:06

L’enterrement de Pépé

Voilà, il me l’a dit. Comme si je ne le savais pas. Les pas dans l’escalier, la voiture qui démarre en pleine nuit, et Maman qui n’était pas là ce matin. Papa m’a dit – «  Elle est partie chez ta grand-mère,  elle revient ce soir. » Je ne voulais pas lui faire de peine alors j’ai fait comme si je le croyais.  Et là, alors que l’ouvrais la grille il a dit –« Pépé est mort on l’a ramené chez ta grand-mère. Nous irons ce soir après l’école. »

Elizabeth m’attendais au carrefour, c’était la semaine de Pâques, le mercredi, la veille du jeudi saint, et j’ai pensé : Pépé il aura pas de cloches à son enterrement, elles partent à Rome demain.

Pépé était vraiment très vieux, c’est pour ça qu’on l’appelait Pépé. Ma copine Elizabeth elle disait Papy et Mamy, nous on disait Pépé, et la grand-mère on l’appelait pas vu qu’elle nous regardait à peine.

Pépé ça faisait cinq ans qu’il vivait avec nous. Il ne quittait pas souvent sa chambre mais il était au courant de tout.  Pépé il était si vieux qu’il avait fait la grande guerre 1914 1918. Pour lui le retour ça avait plutôt été 1919. Quand Maman était petite elle lui avait demandé de raconter mais il ne voulait pas raconter, il disait que c’étaient de vieilles histoires, que c’était pas pour les enfants.

  A moi il a raconté, chaque soir après l’école un petit morceau, presque cinq ans de guerre c’était inépuisable.  Il a raconté la boue, les tranchées, le froid, la neige, et la chaleur des étés, les mouches grosses comme des scarabées. Il a raconté aussi Gustave son ami, cent fois perdu cent fois retrouvé. Aristide son cheval toujours impassible sous la mitraille, Aristide déchiqueté par un obus dix jours avant l’armistice.

Il me racontait tout Pépé et je crois bien que Maman était un peu jalouse.

Et aujourd’hui on enterre Pépé. Il n’y a pas de cloches, pas de messe non plus, pour la messe il faudrait attendre le dimanche de Pâques, mais le curé il a dit que c’était pas possible on peut pas faire un enterrement  le jour de la résurrection du Seigneur, et le cadavre de Pépé il peut pas attendre lundi. Alors aujourd’hui vendredi Saint on enterre Pépé.  Lundi il y aura une messe à  sa mémoire avec un cercueil vide.

 

Fidélité

 

J’ai déménagé. Je ne sais pas pourquoi, juste envie de changer de murs. Tu me diras j’aurais pu me contenter de les repeindre les murs, mais j’aurais pas pu repeindre l’entrée de l’immeuble ou virer la concierge. Alors j’ai déménagé.  Là je suis en train de vider le dernier carton. Dessus j’ai écrit –chambre- et en dessous- objets inutiles à conserver-. Autrement dit le contenu de ma table de chevet.  La crème pour les mains qui sent si bon, les nouvelles d’Edgar Poe dans une petite mais si élégante édition, d’autres livres de passage, ils étaient là au moment de l’emballage, et ce petit animal en cuir et peau de lapin qu’il m’a fallu plus d’une fois disputer au chat.

Je l’appelle toujours l’animal, même s’il ressemble beaucoup à un sanglier, je ne suis pas convaincue. Ce n’est pas une peluche, encore moins un doudou. Je l’ai trouvé tout au fond de ce grand carton plein de gadgets emballés dans du papier journal qu’il m’a fallu déballer le jour de mes vingt ans. A chaque déballage les applaudissements nourris et les mêmes regards consternés des plus âgés.  Fraises Tagada, coussin en forme de cœur, mug avec inscription débile, s’ils étaient généreux mais amis n’étaient pas originaux.  Le jeu ne m’amusait pas vraiment et j’ouvrais les paquets mécaniquement pour en finir au plus vite.  Et, alors qu’il en restait deux ou trois il est presque sorti tout seul de son emballage, vrai cuir et vrai peau de lapin, deux petits yeux perçants, il était au creux de mes mains. Il n’y a pas eu d’applaudissements, juste un murmure un peu désapprobateur Trop beau, pas assez ridicule pour être là.

Il a perdu quelques poils mais il est toujours du voyage au chevet de ma vie, et quand un compagnon ou un enfant curieux me demande d’où il vient je réponds que je ne sais pas.

 

 

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Mardi 11 janvier 2011 2 11 /01 /Jan /2011 22:15

Lou

  Lou n'avait jamais su comment les ranger,les plier sous la table, choisir entre toucher le mur avec sa tête ou voir ses pieds dépasser là bas à l'autre bout du lit. Oui vraiment Lou ne savait comment ranger ces jambes interminables qu'elle cachait sous de grandes jupes informes.

Elle avait en tout et pour tout quatre jupes, deux pour l'été, deux pour l'hiver. Elle les avait chinées dans une friperie sur les quais, elle avait fouillé des heures; mais non, aucune n'était assez longue. Elle avait alors acheté du tissu pour les rallonger. C'était un peu inattendu mais cela leur donnait un peu de charme à ces jupes.

Voila, le problème jambes étant résolu restait le haut du corps, trop long, trop maigre, trop voûté.

Pendant un temps Lou avait renoncé à sortir. Mais Lou aimait trop ses promenades sur les quais. Les quais s'était son petit bonheur quotidien. Elle appartenait au décor, invisible parmi les camelots, les bouquinistes et la foule de ceux qui venait chercher là un peu de chaleur et d'exotisme.

Parfois il fallait bien aller jusqu'au centre commercial. C'était une torture, toutes ces femmes belles, grandes, grandes mais belles, dans les vitrines. Alors elle filait , vite, vite remplir son panier pour la semaine; rentrer le plus vite possible, ne plus voir ces imperfections.

Lou avait aussi envisagé de ne plus manger, elle avait lu dans un magazine que même si la mort était inéluctable c'était une mort douce, une entrée en sommeil sans douleur. Lou s'était allongée sur son lit et elle avait attendu. A la première crampe d'estomac elle avait renoncé. Sans douleur! Lou n'était pas patiente alors la grève de la faim non merci.Trop long.

Aprés cette tentative Lou se découvrit une petite tendresse pour son corps, elle voulait bien mourir mais elle ne voulait pas que son corps se décompose seul. Elle le voulait embaumé, habillé de cette robe pourpre qu'elle avait trouvée un jour à la friperie. Elle l'avait écrit, le testament était là dans le tiroir, et la robe pendue dans l'armoire, bien protégée dans son emballage du teinturier.

Un soir, après trois heures de programme télévisé, insipide lou eut une révélation. Elle la tenait sa solution, elle pourrait enfin sortir, complètement cachée aux yeux du monde. C'était là sur l'écran, un reportage, un de plus, sur les banlieues, et soudain ce gros plan, cette forme noire, pas de pieds, pas de jambes, pas de tronc, à peine une tête.

Voila c'était ça , la dissimulation totale, complète, définitive. Lou sortit sa machine à écrire, acheta du tissu et elle se mit au travail. Après trois jours la chose était prête et Lou sortit. Et Lou se prit les pieds dans la chose et s'étala sur le trottoir. Lou était là prise dans ses mètres de tissu noir. Autour les badeaux s'attroupaient mais personne n'osait l'aider; tous avaient peur.

Alors dans un grand mouvement de rage Lou s'extirpa de son suaire et elle s'enfuit sous les vivats de la foule.

Lou n'entendit pas l'homme qui murmurait:

"- Elle est belle, trop belle."

 

 le 08/01/20

Lou avait couru,  couru et couru encore. Personne n’avait osé s’interposer. Une femme entièrement nue, une femme sublime qui courait à perdre haleine au milieu des « Oh ah ! » des cris d’admiration, des cris scandalisés, des cris d’effroi, des mères qui tiraient leurs enfants par la manche. Lou courait dans ce boucan d’enfer. Lou n’avait plus qu’une idée courir jusqu’au vacarme des vagues.

Lou n’avait jamais vu la mer, seulement à la télévision ; mais la mer grondait dans sa tête depuis toujours. Et aujourd’hui Lou allait courir. Peu à peu le silence se fit il n’y avait plus de trottoir, plus de badauds, seulement la route, nue, comme Lou. Elle n’avait jamais quitté la ville mais elle savait. Elle  entendait. Ne pas ralentir, ne pas céder, courir encore.

Après des jours et des jours de course sans relâche Lou se sentit soudain toute chose.  La mer n’était plus dans sa tête. Dans sa tête c’était un silence total, définitif.

Lou cria mais elle n’entendit pas son cri. Elle s’écroula dans l’herbe et pour la première fois elle pleura. Lou n’avait jamais pleuré, alors elle avait beaucoup de larmes. Elle pleura encore et encore, des jours et des nuits sans relâche jusqu’à n’avoir plus ni eau ni sel dans son corps desséché.

Lou écouta, tendit l’oreille, non rien, rien d’autre que ce silence opaque. La mer avait bel et bien quitté sa tête. Lou ouvrit les yeux. Elle était dans l’eau, dans les vagues, elle nageait, elle buvait cette eau salée, son corps se gonflait ; les vagues la rejetaient sur le sable, la suivant la reprenait et Lou riait, pleurait, hurlait, sautait, plongeait encore et encore. Elle se nourrissait de cette mer en furie.

Chaque vague l’emportait un peu plus loin du rivage. Bientôt il n’y eut plus de rivage mais l’océan tout autour. Lou avait les poumons plein d’eau, sa peau ne sentait plus le froid, ses jambes, ses bras accompagnaient les vagues. Lou ne respirait plus mais elle était vivante.

Lou avait atteint sa maison, son royaume. Elle n’avait plus besoin d’entendre, Il n’y aurait plus jamais de railleries, de ricanements, de rires gras, il n’y aurait même plus un homme pour dire « Dieu qu’elle est belle, trop belle. »

Il n’y aurait plus que le silence des profondeurs, car Lou irait au plus profond de l’océan, là où aucun rayon de lumière ne filtre. Le silence, le noir et le plancton.

Alors une dernière fois Lou sortit la tête de l’eau et cria «  Je suis poisson voyez mes ouïes, je suis poisson et je suis libre. »

 26/01/2011

 

Par Fulgence - Publié dans : écrits et nouvelles
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Samedi 18 décembre 2010 6 18 /12 /Déc /2010 18:12

     Je suis inquièt, elle a quitté la maison tôt ce matin, j'avais encore la tête dans les baleines. Je suis inquièt, comment a t'elle pu me faire ça à moi son plus fidèle parmi les fidèles.  Bon c'est vrai sans elle j'aurais fini ma misérable vie au fond du grenier, ma belle toile moirée rongée par les mites, mon fin toupet réduit en poussière par une armée de termites.

J'ètais là , en profonde dépression, ruminant le désamour de ma belle maitresse, elle ne m'aurait jamais oublié elle; moi l'humble protecteur de son teint de lait et de ses souliers vernis. Petite peste qu m'avait reléguée au premier signe de vieillissement. Une baleine cassée cela se répare non?  Non pas d'hopital pour les baleines cassées. Le grenier, fin de l'histoire.

J'ètais là disais je ruminant le désamour de ma belle maitresse, somnolent, quand soudain un rai de lumière, des pas, de tout petit pas. Est ce un rève ces petits chaussons vert pomme, et des jambes, des jambes ridicules pas plus grosses que mes baleines, qui s'approchent, des mains de poupée qui m'agrippent, quelle énergie, aie! doucement ,je suis vieux moi, laches moi petite peste!

" -Tu sais à qui tu parles vieux débris?

- euh..

-Alors tais toi, t'es vieux, t'es moche, plein de poussière d'accord mais au moins t'es pas rose avec des Mickey et des Minnie partout.

- Euh c'est quoi rose avec des Mickey?

- L'horreur qu' ils m'ont offert pour Nôel, tu sais cette fête avec tous ces cadeaux idiots sous un sapin nain , voila cette année sous le sapin il y avait ce crétin de parapluie rose.

- Bon d'accord t'aimes pas le rose, mais moi dans tout ça?

- Toi? ben toi tu vas devenir mon parapluie.

- Mais je suis vieux, c'est toi qui l'as dit, alors pourquoi moi?

- Parce que tu es moche, parce que je suis moche, à fille moche parapluie moche."

Et la dessus elle a attrapé le joli parapluie rose, elle l'a jeté au fond d'une malle en ricanant:

"- Voila il tiendra compagnie à ces idiotes de Barbies péroxidées."

Et d'une main ferme elle m'a traîné hors de mon grenier.

Étais je content, pas vraiment, je crois qu'elle me faisais un peu peur. Elle devait avoir cinq ou six ans, j'étais plus grand qu'elle - je le suis toujours- mais elle semblait si déterminée à faire de moi sa chose que je ne tardais pas à regretter mon grenier.

Voila c'était il y a très longtemps, des années, des années lumières, et ce matin elle est partie sans moi, elle m' a oublié là accroché à ma patère. Mais qu'ai je fait ou pas fait pour lui déplaire?

Au début entre elle et moi ce fut tendu. Très vite elle m'expliqua qu'elle avait le pouvoir de voler mais seulement les jours de pluie. Et c'est ainsi que je me suis retrouvé oiseau. j'ai tout de suite adoré ça, voir d'en haut la forêt de mes semblables luttant contre les bourrasques c'ètait d'un drole! Mais Mary ce n'ètait pas qu'une voleuse en parapluie, Mary elle est vite devenue mon centre du monde, hors de Mary point de salut, oubliée ma belle maitresse à la peau de lait, j'ètais raide pour une naine autoritaire qui me traitait comme son valet.

Avec Mary nous en avons vu du pays. Il faut dire que dans les années qui ont suivi l'épisode parapluie rose il n'y a plus eu de sapin au salon , puis bientôt plus de salon du tout. Un homme en noir venait régulièrement suivi d'un camion.

Alors un soir Mary a tranché, elle a vidé son armoire, deux jupons, deux robes et quelques menues babioles. Elle a lacé ses bottines, mis son manteau fourré. Elle m'a regardé fixement puis elle a lâché d'une voix assurée:

"- We go."

A cette époque j'avais déjà perdu l'habitude de discuter ses ordres. J'ai relevé mon toupet, ébouriffé ma toile, tendu mes baleines.

Il ne pleuvait pas il n'y avait pas un souffle d'air, c'était la première fois que je voyais les étoiles, et je restai là figé à deux mètres du sol quand un coup de bottine sec sur ma baleine cassée m'a littéralement emporté.

Combien de temps cela a duré, je ne saurais le dire car dès que je me relâchais clac un coup de bottine, pourtant ce gros animal en dessous qui crachait de l'eau au dessus de la mer j'aurais bien aimé connaître son nom.

Enfin après une éternité je l'ai aperçu cette grande dame, j'ai même failli m'empaler sur un pique de sa couronne. A coté il y avait une ile avec de grands hangars, et devant les hangars encore une forêt de parapluies, noirs, troués, décolorés... Clac un coup de bottine! ne pas ralentir, nous ne sommes pas à destination, un dernier effort avant la petite tape sur mon toupet, signal de la descente.

Allée des cerisiers numéro 7, elles sont combien à attendre devant le portail en fer forgé? Je n'ai pas eu le temps de compter qu'une bourrasque les a dispersées. Nous sommes seuls Mary et son parapluie devant ce bon Mr Banks et ses enfants.

Alors comme ça Mary va être Nurse comme ils disent ici. Je n'en crois pas mes baleines. Nurse cette petite chipie qui  sait à peine lire sans parler de compter.

 

 

Par Fulgence - Publié dans : écrits et nouvelles
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Dimanche 21 novembre 2010 7 21 /11 /Nov /2010 00:01

  Comment le dire; les verbes.

 

Hurler, chuchoter, crier, murmurer, brailler, hululer, cracher, vomir, siffler, maudire, agonir d'injures, se vautrer dans les mots, éructer, gémir, baver, inonder, conter, raconter, critiquer, complimenter, encenser, assassiner, exiger, supplier, demander, répondre, se vendre, médire, calomnier, cirer les pompes, chanter les louanges

 

Comment le dire; les noms.

 

Baveux, beau parleur, pipelette, moulin à paroles, orateur, conteur, conteuse, écrivain, critique, discours, pamphlet, oracle, épitaphe, lettre, télégramme SMS, texto, inventaire, langue, phrase, paraphrase, mot clé, mot de passe, mot valise, mot mystère, argument, charabia, baragouin, gros mot, rengaine, citation

 

Comment le dire; les adjectifs.

 

 

Pmopeux, grandiose, minimaliste, verbeux, précis, concis, vague, clair, lumineux, empoulé, professionnel, complexe, argumenté, violent, vif, simpliste, banal, ordinaire, savant, vulgaire, fleuri, canaille, poli, vain

 

 

"Ding, ding  game over" Trop tard, tous ces mots, verbes, noms, adjectifs, et encore des adverbes des prépositions, point, point virgule, point d'interrogation, deux points ouvrez les guillemets!

Et le point d'exlamation, ils sont tous là prêts à l'action, prêts à le dire, prêts à l'écoute, tous codés, cadrés, organisés, en ordre alphabétique de bataille parés pour le grand soir du dire! Rangés de A à Z prêts à bondir, a dégainer, à tirer sur le mot d'en face SHIT, SHEIZE, MERDE!

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